07 #MonPostPartum

Je fais partie de ces femmes qui pensent que rien n’est tabou, que l’on peut parler de tout, rire de tout ( mais comme on dit avec les bonnes personnes), bref s’exprimer.

Je fais partie de ces femmes qui devraient mieux fermer leur bouche : Le déferlement de témoignages autour du #mon postpartum m’a fait de nouveau comprendre que non, certains sujets ne pouvaient toujours pas être abordés. Pire je me suis rendue compte que moi-même avais inconsciemment censuré cette partie de ma vie, ces parties de ma vie.

Le mouvement #monpostpartum initié par Illana Weizmann et Mashas’explique a été crée suite la censure de la publicité de la marque FRIDAMOM lors de la dernière cérémonie des Oscars par la chaine ABC et l’Académie elle-même.
Si nos actrices américaines plaident ( et c’est heureux ) tantôt pour la mixité des réalisateurs- trices que pour l’égalité des salaires dans le milieu du 7ème art, il faudrait pas pousser le puritanisme américain non plus dans les orties : Montrer et promouvoir une couche pleine de sang et de lochies d’une maman qui vient de mettre au monde un enfant, no

Mais restons objectives. Le déni du postpartum n’est pas sectaire géographiquement. En France aussi le sang des protections périodiques a majoritairement été du sang bleu. Le rouge, le sanguinolent c’est mal. Et pour certains impurs.

Mais que gardons-nous de ce moment si particulier ?

Déjà une méconnaissance absolue de ce qui va se passer :
Si nos grossesses sont bien ( trop) médicalisées surtout quand on parle de grossesse tardive, on s’attarde sur l’aspect très fonctionnel de notre utérus, on vérifie la santé du bébé avec les 3 échographies, on fait des prises de régulières pour vérifier la toxo, le diabète gestationnel et pour nous les quadras, on vérifie tous les petits chromosomes de l’enfant avec des aiguilles d’une taille assez insoutenable.
Mais qui a bénéficié avant l’accouchement, des consignes, des conseils, des mises en garde du gynécologue sur ce qui allait arriver à notre ventre dès qu’on aurait expulsé de nos entrailles ce petit gigot tout sanguinolent ??
Vos mères, vos soeurs, vos copines vous ont-elles fait un débriefing du post accouchement ?

Parce que des récits de grossesse, il y en a pléthore ! Voire beaucoup trop…

  • « tu sais moi ma grossesse un vrai calvaire, j’ai dégueulé tous les jours,
  • oh la la moi je faisais de la rétention d’eau , à la fin je ne pouvais plus que rentrer dans des Ugg et même que je les ai trouées !
  • Ben moi allongée dès le premier trimestre, tellement déprimée que j’ai bouffé comme une ogresse sur mon canapé seule toute la journée « 

et tu as toujours celle qui te dit quand tu es au bout de ta vie à tressauter avec tes 25kgs de trop pour faire descendre la petite bête plus vite
« – Moi ma grossesse, pas senti passée, à peine fatiguée au début, pas de nausées, 9 kgs à la fin, non vraiment IDYLLIQUE

ET les récits des accouchements que juste tu as envie de buter la première qui dit  » alors moi MON accouchement », non en fait ta bouche, tais toi.

On m’a déjà tout raconté sur les contractions qui te font t’évanouir, sur les doigts qui te farfouillent le vagin sans vraiment te demander l’autorisation d’y pénétrer d’ailleurs, pour en ressortir une cordée de centimètres de dilatation.
Je sais tout sur la péridurale-sa-mère c’est quoi cette aiguille, sur les hurlements à 1-2-3 « poussez Madame » , sur les  » je crois que j’ai déféqué en même temps que j’ai expulsé » mais vu l’état du champ de batailles j’ai un doute.
J’ai déjà entendu ces accouchements dystociques, de ceux qui commencent le lundi pour une délivrance le vendredi ( Ok ca c’est mon accouchement)

Et puis tu as toujours celle qui te dit quand tu viens de perdre les eaux : « Oh moi ma grossesse, en 3 heures , c’était joué. A peine j’ai du pousser ! Et sans péridurale bien sûr »

Que se passe-t-il après l’expulsion ? La délivrance !
Photo Alex Hockett / Unsplash

Avons-nous , nous les femmes fait en sorte que cette question du post-partum ne soit pas posée ? Car, de facto considérée comme inexistante, comme un non-état ?

Bien sur entre mamans et futures mamans aujourd’hui on parle suite de couches, d’épisiotomie, on parle un peu hémorroïdes, on parle cicatrice , on parle seins qui font mal et douleurs et plaisirs de l’allaitement.
Et si je dois comparer mon accouchement de 1994 et celui de 2013, je me souviens de la grand mère de mon ainée m’amenant sans un mot et très discrètement une bouée gonflable à la maternité pour que je puisse m’assoir. Savait -elle si j’avais eu une épisiotomie ? Surement pas, pas plus que le papa. On ne parlait pas du tout de ces choses là.

Donc on pourrait dire qu’il y a eu pas en avant.

MAIS

Il reste certain que le corps médical, dans sa généralité, délaisse le corps de la femme quand ce dernier a accompli sa mission procréatrice
Laquelle d’entre nous a su avant l’accouchement que l’expulsion n’était que la deuxième partie de l’accouchement ?
Qu’après une éventuelle épisiotomie à laquelle vous n’étiez ni préparé ni consentante, ca repartait pour la délivrance , càd l’expulsion du placenta ? Et qu’après tant d’épreuves, qui vous a prévenu que la sage-femme allait si besoin vous plaquer ses poings dans l’abdomen pour aider à tout sortir ?

Quel médecin vous a parlé du temps pour recoudre une épisiotomie ? Du fameux pervers point du Mari ! Et de ses éventuelles suites ? Notamment que faire pipi allait nous couter des larmes de sang et le poing serré dans les dents sur la cuvette?

heu On parle de sexe ? Oh no next time honey.

Quel gynéco vous a dit que les hémorroïdes allaient nous pourrir la vie et qu’on redoutait d’aller à la selle sous peine non seulement de faire péter la cicatrice de l’épisio ( un fantasme idiot mais tenace), de ne pas pouvoir relâcher les sphincters, de TOUT retenir, de devenir THE constipée et imaginer ( encore un fantasme tenace) de terminer sa vie pourrie de l’intérieur par ses excréments?
Vous trouvez que j’exagère ? Et bien à peine. Courrez lire les récits #monpostpartum

L’équipe qui m’a vu accoucher pendant 5 jours à Port Royal a été exceptionnelle mais l’équipe qui 1 semaine plus tard, m’a revue aux urgences parce que je me vidais littéralement de mon sang a haussé les épaules, déjà fatiguée par cette mère qui les dérangeait surement pour rien.

Quand l’interne a vu les flaques de sang que j’ai ejectées au sol le temps d’aller m’assoir sur le fauteuil d’échographie, elle a certes changé de tête.

Ben oui Doc, j’ai pensé à une hémorragie interne, oui j’ai fait comme tout le monde j’ai acheté des couches pour adultes incontinents mais pas suffisantes quand même.

Pourquoi cette non-information ?

A ces questions les initiatrices du #monpostpartum ont reçu des réponses du type  » on en veut pas faire peur aux femmes  » ( sous entendu possible pour qu’elles renoncent à leur fonction première càd enfanter)

Guys peur de quoi ? Si on m’avait prévenu de la déferlante de sang, j’aurai eu moins peur justement de ces steacks, soyons franches, qui peuvent sortir du bide.

J’aurai anticipé les achats de culotte ( conclusion j’ai pourri les caleçons de l’homme parce contenir une couche pour adulte dans un shorty c’est pas possible…), j’aurai eu moins peur parce que prévenue.
Et puis psychologiquement, quid du baby blues ?
Car soyons franche : nous devenons à la fois mère ET invisible .
Finies les petites attentions , les comment tu vas mon petit ventre. Prenez bien soin de la future maman, c’est FINI. Y’en a plus que pour le petit gigot.
On peut souffrir de la fameuse chute hormonale, on pleure un bon coup pendant 48H « c’est normal ma chérie ,allez c’est RIEN ca va passer » ou c’est carrément la grosse dépression soumise à un vrai protocole médical.
En fait on ne s’autorise pas le droit d’être au milieu. On doit rentrer dans une de ces 2 cases . Et merci de faire en sorte que cela dure le moins longtemps possible.merci.

Car il y a cette obligation morale que la femme qui vient d’avoir un enfant est nécessairement une femme heureuse, épanouie, jouissant d’avoir fait le job.

Et nous recevons cette séculaire injonction sans broncher et même les plus vaillantes d’entre nous, dont je pensais faire partie ne pipent mot.Tout simplement parce que nous n’en avons même pas pris conscience.

Il y a profondément ancrée chez la primi- ou multipare l’interdiction de se plaindre, l’interdiction de dire que « non tout ne va pas bien ».
Je vous raconte les toutes premières minutes de la série canadienne Workin’moms,
Dans un groupe de paroles de mamans, après s’être reluquées mutuellement leurs seins allaitants, une des protagonistes Frankie avoue un postpartum difficile. Et on voit la réaction immédiate des autres femmes : devant l’incompréhension générale, alors qu’elle émet entre les dents le souhait de vacances dans le coma pour échapper à sa condition, Frankie s’excuse, minimise sa souffrance. Elle est taboue, anormale, même entre femmes.

Comment voulez vous par conséquent que les hommes comprennent ?

Il y a juste une chose qui va vraiment me rassurer :

Si vous auditrices ( les hommes sont déjà en PLS, vous avez eu le courage d’aller au bout de ce podcast, supportant le sujet en lui-même et toutes ces images très fortes c’est qu’il y a un espoir de transmission.
C’est que vous allez pouvoir éduquer vos filles en leur apprenant qu’être une mère peut être un chemin compliqué et qu’elles seront libres d’exprimer leur désarroi et d’acheter des vraies couches post partum.
C’est que vous allez pouvoir éduquer vos garçons à ce qu’ils revendiquent les mêmes congés paternité, leur expliquer qu’il ne faut pas aider sa femme tel le héros descendu de son cheval mais que ce soit un acte anodin, normal, à 50/50.

Et que nous serons la génération de mères à avoir su parler et transmettre aux femmes, à nos enfants , les conditions globales, sans filtre, sans tabou pour devenir une mère. Ou pas.

Un podcast écrit par Esther Pi, crédit photo Montylov on Unsplash

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